- 5 juin 2026 14:00 – 16:30
- Bâtiment Olympe de Gouges salle 126
Cette séance, organisée par l’axe « sociologie clinique et psychosociologie » du LCSP, est consacrée aux processus d’écologisation du travail, étudiés avec un ancrage épistémologique en sciences sociales cliniques.
La situation écologique est moins un objet d’étude, qu’un contexte aux dimensions existentielles, dont les sujets tentent de faire sens de diverses manières. Ce processus s’inscrit dans une histoire sociale et singulière, dans des rapports sociaux de production et dans des interactions offertes et limitées par les organisations dans lesquelles ils et elles se trouvent. L’approche clinique offre à des sujets qui le demandent, d’analyser cette situation, de mettre en mots les nœuds sociaux et psychiques qu’elle génère et d’explorer les manières d’en répondre. Cette co-construction de savoirs sur les processus sociaux et psychiques face au changement écosystémique est déployée sur différentes pratiques et avec des populations variées, en s’appuyant sur l’implication du ou de la chercheur·e.
Dans le cadre de ce séminaire, ce sont les pratiques de travail dans l’économie sociale et solidaire qui seront abordées, à partir de deux recherches menées par une doctorante et un chercheur associé du laboratoire.
Présentations des intervenant·es :
Jean Le Goff est psychosociologue clinicien au Centre ESTA et chercheur associé au LCSP. Il est l’auteur de Politiser l’éco-anxiété (Editions du Détour, 2025). Il intervient principalement dans les organisations du secteur social et dans le monde agricole, et poursuit ses recherches sur les liens entre travail social et écologie.
Émilie Veyrat est doctorante en sociologie clinique au LCSP. Sa thèse porte sur le travail salarié de diplômé·es de grandes écoles au sein d’associations écologiques, à partir d’une enquête réalisée au sein du Groupe SOS, de 2022 à 2025. Elle est l’une des coordinatrices de l’ouvrage Travailler fait-il toujours sens ? (Erès, 2026). Psychosociologue indépendante, elle intervient également dans les organisations de l’économie sociale et solidaire et du secteur public.
La discussion sera assurée par Héloïse Nez (professeure de sociologie, LIED) et Laurian Laborde (Ater en sociologie, LCSP) et animée par Marie-Anne Dujarier (professeure de sociologie clinique, LCSP).
Résumé des interventions :
- « La Croix-Rouge peut-elle passer au vert ? Une recherche-action clinique dans une organisation qui se pense comme non-écologiste », par Jean Le Goff, psychosociologue clinicien, chercheur associé au LCSP.
À la Croix-Rouge française, une consultation interne menée en 2023 a interrogé 1500 jeunes (bénévoles, salarié·es, accompagné·es par la Croix-Rouge) sur les éléments qui leur donnaient confiance ou les inquiétaient lorsqu’ils pensaient à l’avenir. Le changement climatique est apparu comme étant, de loin, la première source d’inquiétude. À partir de ce constat, un petit groupe de salarié·es a alors lancé un appel à recherches sur « l’accompagnement à l’éco-anxiété des jeunes volontaires de la Croix-Rouge », reprenant un terme qui est devenu, en quelques années, une manière courante de parler des préoccupations écologiques. Je présenterai ici cette recherche-action toujours en cours, menée dans une approche psychosociologique clinique. Quelles sont les préoccupations écologiques qui s’expriment au sein de la Croix-Rouge, et comment s’expriment-elles ? Comment faire circuler le souci écologique d’une manière qui nourrisse les réflexions et transformations organisationnelles, en échappant à la réduction sur une éco-anxiété conçue comme une souffrance psychique à traiter individuellement ? À l’heure où le secteur social et médico-social s’interroge sur son écologisation, qu’est-ce que cela nous apprend que d’en passer par la subjectivité des acteurs ? - « Un travail sensé et soutenable… de quel point de vue ? Une recherche clinique sur le salariat associatif diplômé », par Émilie Veyrat, doctorante en sociologie clinique au LCSP.
Pourquoi des diplômé·es de grandes écoles salarié·es d’associations, qui expriment une réelle satisfaction au travail et valorisent sa finalité écologique et sociale, ne se projettent pas à long terme et doutent même parfois de son utilité ? Ma recherche doctorale, menée sous convention Cifre, a été l’occasion de montrer que l’organisation permet de répondre à leurs préoccupations écologiques par la production, mais aussi à leur demande de stimulation, par une expérience entrepreneuriale du travail. Cette expérience se déploie à travers des normes de conduite qui font l’objet d’un consensus implicite, mobilisant certaines dimensions affectives et intimes dans l’activité, au prix d’un risque marqué d’usure psychique. Le sens du travail apparaît alors contradictoire : il renvoie tout à la fois au souhait de rapprocher les figures du travailleur et du citoyen engagé, mais aussi à une exigence de séparation entre les « sphères » personnelle et professionnelle, qui est jugée nécessaire pour préserver sa santé. Cette contradiction interroge les différentes facettes de ce qui pourrait être défini comme un travail soutenable.