Séminaire SPP 2026 : Fascismes et antifascismes


« Mais vous, levez les yeux, cessez de jacasser
Apprenez donc à voir, et enfin agissez.
Le monde gouverné par cette pourriture ?
Les peuples l’ont maté, et pourtant attention :
n’exultez pas trop tôt, la victoire n’est pas sûre –
Car ce terreau putride est encore fécond ! »
« Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »
B. Brecht

Dans une courte vidéo récente, une caméra portée par deux cyclistes enregistrait fin août les images, décors, affiches croisés au hasard d’une balade dans les rues ensoleillées d’une ville du nord de l’Allemagne dans l’État fédéral du Sachsen-Anhalt. Un État où, le 6 septembre, plus de 40 % des votants ont donné au parti néonazi allemand de l’AFD la majorité au parlement fédéral. Leur appareil zoome sur un petit panneau placardé sur le réverbère d’une voie de vélo où l’on peut lire ce slogan bien connu et plein d’espoir : « tout est possible ». C’est une menace, pas une promesse, commente sobrement la voix off.

C’est sous ce signe d’une excursion brève, enregistrant ce qu’on peut capter depuis la position des anonymes, que nous plaçons notre séminaire thématique cette année dans les territoires contemporains des formes du fascisme et de l’antifascisme. On aurait pu le placer sous le signe de la récidive comme y invite l’exergue de Brecht, tirée de la pièce La résistible ascension d’Arturo Ui qui parodiait en 1941 l’ascension au pouvoir d’Hitler, neuf ans auparavant. Nombre de publications récentes font en effet retour sur la montée du fascisme dans l’Europe d’avant-guerre. Elles sonnent l’alarme pour confronter l’actualité. Nous nous appuierons sur elles et sur ce que nous avons appris des livres d’histoire et des fictions documentaires. L’historiographie, en effet, continue d’instruire un constat méthodiquement établi sur des faits, des preuves, des documents pour prévenir la récidive. N’en citons que cinq : Les Irresponsables de J. Chapoutot, L’Ordre du jour d’E. Vuillard, Récidive, 1938 de M. Foessel, La solidarité n’est pas un crime de Sophie Djigo ou Comment le fascisme gagne la France d’U. Palheta. Historien, romancier, philosophe, sociologue ont montré le rôle des élites oligarchiques mondiales dans l’effritement des mécanismes gouvernementaux démocratiques, dans le rejet des régulations d’institutions de contre-pouvoir, aux fins de sauvegarder leurs prérogatives dans le contexte d’un réagencement impérialiste et guerrier du capitalisme mondial.

Ce qu’on appelle par des oxymores tels qu’illibéralisme ou (néo)libéralisme autoritaire, technofascisme et ses liens avec la destruction du droit international, le retour de guerres génocidaires et l’écocide planétaire seront autant de catégories à interroger en leur capacité à nommer les liaisons politiques et économiques dangereuses, les formes nouvelles et les formes anciennes de la réaction oligarchique globalisée. Mais comment mieux cerner ces phénomènes actuels qu’en se rapprochant de l’expérience de l’antifascisme, qu’il soit organisé ou à l’œuvre dans les dispositions de subjectivités ; celles qui refusent la traque de supposés coupables ou la peur de l’autre, qui ne cèdent pas au désir de sécurité lorsqu’il se pétrifie en désir d’un maître ?

Les séances se déroulent salle 418 C à la halle aux farines sauf contre indication

1. Jeudi 1er octobre

Séance préparatoire 1.

2. Jeudi 8 octobre

Pierre Blavier et Erwan Le Mener « Les espaces du vote RN dans un lointain périurbain. Analyses en cours d’une enquête en sortie des urnes »

RENCONTRE CONVIVIALE ET DÎNER au 12 rue Léo Frankel, 75013 Paris, à la Maison des rêves et des colères, avec l’association Resoquartier.

3. Jeudi 15 octobre

Francesca Belvisio, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle. « Qu’est-ce qu’une vie antifasciste ? Quelques réflexions à partir de Cesare Pavese et Pier Paolo Pasolini »

4. Jeudi 22 octobre

Denis Merklen, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle.(Salle à préciser) « La cité des écrivains. Comment des intellectuels populaires ont réagi au 21 avril 2002 ? »

5. Jeudi 29 octobre

Fabrice Flipo, Institut Mines-Télécom, Paris. « Faut-il avoir peur de l’écofascisme ? »

6. Vendredi 27 novembre

Vincent Gay, Université Paris Cité. Séance spéciale : Colloque autour des luttes de Daniel Bensaïd. (Salle à préciser.)

7. Jeudi 3 décembre

Sophie Djigo, Université de Lille. « Penser les libertés académiques et pédagogiques dans une perspective antifasciste »

8. Jeudi 10 décembre

Marie Hélène Sa Vilas Boas, Université Côte d’Azur. « Bolsonarisme et militants de l’extrême droite au Brésil »

Guillaume Le Blanc, Université Paris Cité. « Introduction à la vie non fasciste »

Bibliothèque indicative :

Fritz Lang, M, le maudit (1931) et Furie (1936)

Aristophane, L’Assemblée des femmes (v. 392)

Stendhal, La Chartreuse de Parme (1839)

Philip Roth, Le Complot contre l’Amérique (2004)

Umberto Eco, Reconnaître le fascisme (2017, traduction de Totalitarismo fuzzy o Ur-Fascismo, 1995, réédité sous le titre Il fascismo eterno, 1997)

Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism (1951)

Robert O. Paxton, The Anatomy of Fascism (2004)

Theodor W. Adorno, The Authoritarian Personality (1950)

Éric Hobsbawm, L’Âge des extrêmes : le court XXe siècle, 1914-1991

Erich Fromm, La Peur de la liberté (1941)

Wilhelm Reich, Psychologie de masse du fascisme (1933)

Enzo Traverso, The New Faces of Fascism: Populism and the Far Right (2019)

Wendy Brown, Néoliberalism’s Frankenstein : authoritarian freedom in 21st century of « democracies » (2018)

Michel Foucault, « Tribune : la sécurité et l’État » (1977)