Colloque international. SALC 2026 Vivre dans une époque d’élimination violente, systématique et planifiée des solutions ?

12e Colloque philosophique des Semaines de l’Amérique Latine et des Caraïbes

Co-organisé par : LLCP Université Paris 8, LCSP Université Paris Cité, IHEAL Paris Sorbonne, Les dialogues philosophiques de la Maison de l’Amérique Latine, RIPC (FMSH), GID Académie des Sciences, CIPh Paris, CAREF-Université de Picardie Jules Verne

Plus encore que le précédent, notre siècle tourne-t-il le dos à l’avenir, tel l’Angelus Novus de Paul Klee ? Qu’est-ce qu’un caractère destructeur ? Selon Walter Benjamin en 1931, pour lui, rien n’est durable, et c’est pour cette raison qu’il voit partout des chemins qu’il faut déblayer, qu’il est toujours à la croisée de ces chemins sans connaître jamais le suivant, et qu’il démolit ce qui existe, non pour l’amour des décombres, mais pour celui des chemins qui les traversent. Freud à la même époque assigne à l’humanité d’être son propre fossoyeur dans la mesure où l’instinct de mort est à l’œuvre dans les comportements agressifs destructeurs de la vie en commun, il se demande si le progrès de la civilisation saura dominer les perturbations apportées à cette vie par les pulsions humaines d’agression et d’autodestruction, et écrit : « Nous découvrons avec surprise que le progrès a conclu un pacte avec la barbarie ». Le vingt et unième siècle est-il différent, et en quoi, de celui qui l’a précédé ?
Si le siècle qui s’annonce est plus que jamais celui où la violence tue toutes les solutions, et celui des guerres qui ne disent pas leur nom (déplacements de population, répression contre les migrants, projets d’annexion, « opérations spéciales », massacres, tendances génocidaires contre les féminismes et les minorités sexuelles, etc…), y a-t-il place pour autre chose que la résignation ? Évoquant en 2003 la guerre anglo-américaine en Irak, légitimée par le mensonge que le régime détenait des armes de destruction massive mettant en danger les nations occidentales, Rancière montrait que ce n’est pas l’insécurité éprouvée qui rendait la guerre inéluctable, mais que celle-ci était nécessaire pour imposer l’insécurité : « parce que la gestion de l’insécurité est le mode de fonctionnement adéquat de nos sociétés-États consensuels ».
Pour Georges Canguilhem, évoquant la nouvelle de Franz Kafka Le Terrier, si la conscience du danger est sans fond, la réplique au danger est sans fin : « Le danger de la situation réside en ceci que la recherche incessante par le partenaire des moyens d’écarter le danger, rendant manifeste aux autres la conscience qu’il a de son insécurité, les excite à redoubler eux-mêmes d’efforts pour se placer en position de force (…). Rien ne confère l’assurance contre le danger d’être un jour en danger » (OCVI p. 803).
Comment dès lors peut apparaître dans notre époque ce qui dans l’histoire échappe à l’histoire : l’instant, la fracture, le déchirement, le soulèvement, soit le mouvement par lequel un homme seul, un groupe, une minorité ou un peuple entier dit : « Je n’obéis plus » ? Toute autre chose qu’une révolution qui s’organiserait selon toute une économie intérieure au temps, avec des conditions, des promesses, des nécessités, mais une autre compréhension de ce qui est à faire qui, hors toute spéculation sur l’avenir, « coupant le temps, dresserait les hommes à la verticale de leur terre et de leur humanité (Foucault) ». Soit une désobéissance aux normes insidieuses et intériorisées des institutions, disruptive, quotidienne, discrète et obstinée, qui rende parole et visibilité aux solutions muettes que le siècle semble vouloir enterrer.

Adresse de contact : colloquedephilosophiesalc@gmail.com

Lundi 1 juin : Maison de l’Amérique Latine : 217, Boulevard Saint-Germain – 75007 Paris

  • 9h00 : Ouverture : Alejandro Bilbao (Universidad Austral, Valdivia), Patrice Vermeren (Université Paris 8), Marie Cuillerai (Université Paris Cité), Marcos Garcia de la Huerta (Université du Chili)
  • 9h45-10h30 : Mme la Secrétaire générale des Semaines de l’Amérique Latine et les Caraïbes Anne-Pascale Lux,  Mme La Rectrice Michèle Gendreau-Massaloux, Mr l’Ambassadeur Philippe Bastelica, Mme Catherine Bréchignac (GID-Académie de Sciences), Mr l’Ambassadeur Jean-Marc Laforest (Président de la Maison de l’Amérique Latine)
    Président.e.s de séance : Guadalupe Deza (CAREF-UPJV / Académie de Créteil) et Ines Molina Navea (Universidad Complutense de Madrid)
  • 10h45-12h30 : Éthique et politique
    Guillaume le Blanc (Université Paris Cité) : “L’impulsion utopique au plus noir de la catastrophe”
    Fathi Triki (chaire ICESCO, Penser le Vivre Ensemble et Collège de Tunis pour la Philosophie) : “De la guerre perpétuelle”
    Stéphane Douailler (LLCP – Université Paris 8) : « La haine du ruban de Möbius : criminalisations et émancipations »
    Laura Llevadot (Université de Barcelone) : « Après le futur : le temps de l’injonction »
    Pierre François Moreau (Ens Lyon) : « Le Principe espérance à l’épreuve du présent. Puissance, affects, résistance »
    Répondant.es : Anne Kupiec (Université Paris Cité) et Rodrigo Díaz (Université d’Aix Marseille / UNAM)

Pause déjeuner

  • 13h30-15h45 : Foucault et la force du vrai
    José Guillermo Milán-Ramos (UdelaR) et Elena Darrigol (UdelaR) : « Un sujeto de este mundo : identidades, tecnologías de lenguaje e impostura subjetiva »
    Marcelo Raffin (Universidad de Buenos Aires) : « Offensives biopolitiques »
    Diogo Sardinha (LLCP – Université Paris 8) : « La conflictualité foucaldienne »
    Alessandro di Lima Francisco (Institut des arts /Unesp, Brésil/ CIPh) : « La guerre, les rationalités et la vérité »
    Cristina López (Universidad Nacional de San Martín) : « Diagnostic, critique et résistance d’un présent agonistique. À propos des pouvoirs émancipateurs des outils théoriques de Michel Foucault »
    Senda Sferco (CONICET- IIGG UBA – UNL) : « Les “solutions” de Sade et la fin de l’Aufklärung »
    Président.e.s de séance : Bertrand Ogilvie (LLCP – Université Paris 8) et Baptiste Gillier (Académie de Paris)
  • 16h-18h : Canguilhem et le danger
    Francisco Verardi Bocca (Pontifícia Universidade Católica do Paraná) : « La “normativité biologique” de Georges Canguilhem : sur une critique de la “logique du vivant” de François Jacob »
    Vinicius Armiliato (Universidade da Região de Joinville) : « Vie et insurgence »
    Alejandro Bilbao (Universidad Austral, Valdivia) : « Les normes de la destruction »
    Caio Souto (Universidade Federal do Amazonas) : « Résistance et danger : une lecture canguilhémienne de la question indigène en Amazonie »
    Président.e.s de séance : Agostina Weler (LLCP – Université Paris 8/UBA) et Patrice Vermeren (LLCP – Université Paris 8)

Mardi 2 juin 2026 : Université Paris Cité, Salle des Thèses (580F) Halle aux farines. 10, rue Françoise Dolto – 75013 Paris

  • 9h-11h : Vivre la violence
    Mercedes Risco (Universidad Nacional de Tucumán) : « Discursos de inseguridad y subjetividades de resistencia en el siglo XXI »
    Gustavo Celedón (Universidad de Valparaíso) : « Visualiser et connaître les problèmes »
    Silvana Rabinovich (Universidad Nacional Autónoma de México) : « Nihilisme et fondamentalisme politico-religieux. Vivre à une époque d’élimination violente »
    Denis Merklen (IHEAL – Sorbonne Paris 3) : « Le problème de la violence dans la démocratie »
    Susana Villavicencio (UBA/Instituto Gino Germani) : « Rien en commun. Privatisation du public et état de la démocratie »
    Président.e.s de séance : Behrang Pourhosseini (LLCP – Université Paris 8) et Luca Rodríguez (Université de Lyon)
  • 11h-13h30 : Voix archipéliques
    Amalia Boyer (Universidad del Rosario, Bogotá) : « Hydro-nécropolitique : la guerre fossile et l’élimination du vivant »
    Filipe Ceppas (Université Fédérale de Rio de Janeiro) : « Notes sur violence et culture d’après Oswald et Clastres »
    Jordi Carmona Hurtado (Universidad de Granada) et Saray Bachiller (Universidad de Granada) : « Lorsque l’ange de l’histoire rencontra un porc-épic : un déplacement dans les figures de l’émancipation »
    Gustavo Chataignier (Universidad Católica del Maule – Talca) : « L’imagination événementielle : des mondes dans le monde »
    Président.e.s de séance : Frederico Lyra de Carvalho (PTS – Université Paris 8 / Alameda) et Leonardo Moreira (LLCP – Université Paris 8)

Pause déjeuner

  • 14h45-16h45 : Que faire de la question que faire ?
    Bertrand Ogilvie (LLCP – Université Paris 8) et Yves Duroux (CNRS) : « L’‘‘autre’’ est le schibboleth de notre présent. Une politique sans finalité : que faire de la question ‘‘Que faire ?’’ ? »
    Michèle Cohen-Halimi (LLCP – Université Paris 8) : « Le capitalisme peut devenir bestial (bestialisch werden) »
    Francisco Naishtat (UBA-CONICET / LLCP – Université Paris 8) : « Destruction des solutions et bifurcations de la raison : les virages (in)existentiaux de la raison moderne »
    Francesca Belviso (Université Sorbonne Nouvelle, LECEMO) : « Guerre et contre-révolution permanentes : le modèle fasciste »
    Griselda Gaiada (Universidad de la Defensa Nacional – Buenos Aires) : « La polarité mercenaires-terroristes dans la guerre privée du XXIe siècle »
    Président.e.s de séance : Pierre-Yves Glasser (Académie de Créteil) et Jean Jacques Cadet (ENS Haïti)
  • 17h-19h : Politique des passions
    Fedra Cuestas (Universidad de Los Lagos – Osorno) : « L’éphémère : entre douloureuse déception et révolte »
    Nicolas Pinochet (LLCP – Université Paris 8/Universidad Academia de Humanismo Cristiano Santiago de Chile) : « De l’avenir d’une domination à la mélancolie de la perte : deuil et subjectivation historique »
    Claudia Gutiérrez (Universidad de Chile) : « Restes, ruines et résidus : pour une mémoire du marginal »
    Stelio Marras (Institut d’études brésiliennes de l’Université de São Paulo [USP]) : « La Pachamama et le lithium en Bolivie »
    Rosemary Bruna Ramírez (Universidad de Santiago de Chile) : « Repolitiser les affects : de l’indifférence à l’expérience sensible du commun »
    Président.e.s de séance : Maïa Minnaert (Université Paris 8) et Martin Macias Sorondo (LLCP-Université Paris 8)

Mercredi 3 juin : Université Paris Cité, salle des Thèses (580F) Halle aux farines. 10, rue Françoise Dolto – 75013 Paris

  • 9h-11h : Face au temps
    Ninon Grangé (LLCP-Université Paris 8) : « Günther Anders, “semeur de panique” à l’âge nucléaire »
    Silvana Totora (Pontifical Université Catholique de São Paulo) : « Nihilisme et fondamentalismes politico-religieux. Vivre dans une époque d’élimination violente »
    Baptiste Gillier (Académie de Paris) : « Retours critiques sur le contemporain »
    Sebastian Kock (Université Toulouse – Jean Jaurès / HiPhiMo) : « Dark Enlightenment et Lumières Queer. Héritages et héritiers de l’Aufklärung aujourd’hui »
    Federico Rodriguez (Universidad de Sevilla) : « La pensée directe du caractère destructeur »
    Président.e.s de séance : Patrick Vauday (LLCP – Université Paris 8) et Gisele Amaya Dal Bo (Chercheuse indépendante)
  • 11h-13h30 : Imaginer des passages
    Didier Moreau (LLCP – Université Paris 8) : « Le Passage vers les passés : l’éducation comme la dissolution de l’histoire, selon Walter Benjamin »
    Carlos Pérez López (Universidad de Buenos Aires) : « Le savoir des gestes et le savoir des rêves : vivre dans le malentendu des différences »
    Alexis Chausovsky (Universidad Nacional de Entre Ríos) : « Éduquer le regard. Un défi face aux traces de Weimar »
    Francisco Gordillo (Université Catolique de Lille) : « Éduquer dans des temps sombres : une lecture de Machiavel »
    Andrea Potestio (Université de Bergame) : « Entre violence et pouvoir. La perspective éducative »
    Président.e.s de séance : Guadalupe Deza (CAREF-UPJV / Académie de Créteil) et Louise Ferté (Université de Lille)

Pause déjeuner

  • 15h-17h : Au Sud des Amériques
    Ricardo Viscardi (UdelaR – Montevideo), Sebastián Ferreira Peñaflor (UdelaR ) et Juan Muiño Orlando (UdelaR – Montevideo) : « Mal d’institution : la disparition du lieu commun »
    Natalia Prunes (Universidad de Buenos Aires) : « Hypermasculinité réactionnaire, régression des droits et gouvernement de la violence : l’Argentine sous Javier Milei »
    Pablo Solari (Universidad de Chile) : « La question politique dans le moment philosophique français d’un point de vue latino-américain »
    Amparo Vega (Universidad Nacional de Colombia) : « Contre le totalitarisme : le traitement de la parole comme force. Le différend de Lyotard depuis la Colombie »
    Jean-René Garcia (GID-Académie de Sciences) : « Élections présidentielles en Amérique latine ? Nouveaux paradigmes de la philosophie constitutionnelle »
    Président.e.s de séance : Serena Ferrés-Jones (Académie de Créteil) et Carolina Avalos (Universidad de Playa Ancha, Valparaiso)
  • 17h-18h30 : Le miroir et son double
    Demin Xu (Sciences Po) : « Époque imaginaire et enthousiaste : la réception de Jorge Luis Borges en Chine »
    Elena Donato (UBA) : « “Modeste et farouche”, la politique des fictions du temps selon Rancière »
    Barbara Zauli (Collège International de Philosophie) : « La violence en miroirs »
    Sara Fadabini (Université Paris 8 – LLCP) : « Proust et la solution refusée : approches littéraires du déni »
    Alberto Bejarano (Instituto Caro y Cuervo, Bogotá) « León de Greiff et l’humeur dans la révolution »
    Président.e.s de séance : Georges Lomné (Université Gustave Eiffel) et Denis Rolland (IGESR)
  • 18h30-19h30 : Interrompre le temps dominant ; ouvrir d’autres temporalités ?
    Luz Maria Lozano (Universidad del Atlantico, Barranquilla) « Mémoire et résistance : savoirs situés et subjectivation dans les territoires de violence »
    Lidia Rodriguez (Universidad de Buenos Aires) : « Histoire, mémoire, rupture »
    Lorena Souyris Oportot (Universidad del Maule/Ciph) : « Le désir de désobéir : au delà de l insécurité »
    Cristina Tucci (Universidad de Buenos Aires) : « La civilisation comme négation de l’autre en Amérique latine : penser la modernité du point de vue de la philosophie de la libération
    Président.e.s de séance : Pauline Vermeren (Villa Arson Nice / CIPH) et Julie Alfonsi (LLCP – Université Paris 8)

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Comité d’organisation :
Gisele Amaya Dal Bo, Francesca Belviso, Alejandro Bilbao, Jean-Jacques Cadet, Julio Canhada, Gustavo, Celedón, Felipe Ceppas, Gustavo Chataignier, Alexis Chausovsky, Michèle Cohen-Halimi, Maurizio, Coppola, Fedra Cuestas, Marie Cuillerai, Sameh Dellaï, Guadalupe Deza, Rodrigo Díaz Maldonado, Elena Donato, Stéphane Douailler, Louise Ferté, Jean-René Garcia, Baptiste Gillier, Claudia Gutiérrez, Anne Kupiec, Guillaume Leblanc, Laura Llevadot, Luz María Lozano, Martin Macias Sorondo, Maia Minnaert, Pierre-François Moreau, Inés Molina Navea, Francisco Naishtat, Bertrand Ogilvie, Mariano Paz, Natalia Prunes, Silvana Rabinovich, Renzo Ragghianti, Lucie Rey, Mercedes Risco, Federico Rodríguez, Alfredo Sánchez Santiago, Diogo Sardinha, Senda Sferco, Lorena Souyris Oporto, Patrick Vauday, Francisco Verardi Boca, Patrice Vermeren, Pauline Vermeren, Susana Villavicencio, Ricardo Viscardi, Agostina Weler